Une mise à jour du passé sur le film Dumbo.

Aujourd’hui, on veut vous parler du petit éléphant aux grandes oreilles et aux capacités exceptionnelles nommé Dumbo, dont les aventures, déjà en 1941, ont surpris tout le monde par leur crudité et leur diversité par rapport à la perspective typiquement enfantine et innocente.

Lorsque la nouvelle est tombée que Tim Burton allait réaliser une réadaptation du film Le Petit Eléphant, beaucoup ont été envahis par un mélange de joie et de nostalgie. Qui de mieux que le réalisateur excentrique pour raconter la vie du paria Dumbo ? Mais la vérité est que les temps ont changé et que le Burton des débuts, celui d’Edward Scissorhands, de Beetlejuice et d’Ed Wood semble avoir disparu.

Si l’on regarde le monde actuel, la société qui est beaucoup plus critique que par le passé, on aurait pu facilement s’attendre à une version plus vindicative ; un message d’amour envers les animaux, de respect de la différence et une nouvelle ode aux exclus…

Tout cela a été partiellement réalisé avec cette nouvelle version de Dumbo, mais il lui manque certains éléments qui étaient présents dans l’original. Comment le passage du temps a-t-il modifié l’une des histoires les plus sombres et les plus profondes de Disney ?

Dumbo, l’actualisation des valeurs.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis la première version animée en 1941, et les valeurs et la société ont changé au point qu’on en est venu à attendre une version plus crue et vindicative que l’original. La maltraitance des animaux, l’asservissement de certaines espèces ou l’égoïsme de l’homme sont des thèmes de plus en plus amers. Chaque jour, des cas de violence à l’encontre des animaux sont signalés, et la société y est de plus en plus sensible ; cependant, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

En fait, le Dumbo original n’était rien d’autre qu’une tentative de compenser la perte financière subie par le studio Disney suite au manque de succès de Fantasia (1940). Avec un budget réduit, ils ont décidé de sortir le long métrage le plus court de l’histoire de Disney (il ne dure qu’une heure) et en même temps le plus larmoyant.

À l’annonce du remake du grand classique, il était facile de s’attendre à une version qui jouerait avec les nouvelles influences et les nouveaux courants et tenterait d’actualiser les valeurs de l’original. Le film a réussi en partie, mais il n’a pas réussi à s’ancrer totalement dans le public.

Les attentes étaient peut-être trop élevées et il a échappé au fan que derrière le nom de Tim Burton se cache toujours le studio Disney qui, comme on pouvait s’y attendre, voulait toucher le plus large public et exploiter l’élément nostalgique.

Il est certain que les nouvelles technologies, notamment les CGI, offrent des images plus réalistes et plus émouvantes que le dessin animé original, recréant l’animal et sans utiliser de vrais spécimens. Pourtant, le film s’attarde souvent sur la beauté extérieure de l’image, sans vraiment approfondir le cœur des sentiments, sans mettre le « doigt sur le point sensible » du thème de la maltraitance animale.

L’égalité sociale.

Cependant, le nouveau Dumbo présente un scénario plus égalitaire, montrant une similitude entre la paternité et la maternité et démontrant que ce ne sont pas seulement les mères qui souffrent et se battent pour leurs enfants, mais aussi les pères.

Cette similitude transcende toutes les espèces : à côté d’une mère éléphant qui souffre et défend son enfant, on trouve un père humain capable d’affronter diverses menaces pour le bien-être de ses enfants.

Le rôle des femmes est d’une importance capitale dans le film, qu’elles soient enfants, adultes ou animaux. Burton donne place à la figure de la femme décisive, vindicative et éloignée des canons de 1941. Oui, parce que dans le Dumbo original, la seule fonction de la femme semblait être celle de la mère obéissante et soumise à son mari, tandis que la figure du père n’était pas considérée.

Burton a réussi à actualiser ces valeurs ; cependant, de nombreux personnages semblent plats, tandis que certaines allusions au féminisme ou à l’animalisme semblent forcées et pas du tout naturelles. Le film d’animation original, en effet, avait une crudité, une violence et un rejet des différences qui ne transparaissent pas du tout dans la nouvelle version.

N’était-ce pas là une occasion en or de revendiquer et de montrer le visage le plus cru des cirques d’animaux et de la société ? Probablement oui, et pourtant en analysant le film on se rend compte que l’intention du réalisateur n’est pas tant de se rapprocher des marginaux, mais de « mordre la main qui l’a nourri ».

En fait, le nouveau Dumbo pèche par la superficialité, minimise la crudité et brouille la critique. Burton en a profité pour faire une critique entre les lignes, établissant des parallèles entre les studios Disney et le grand cirque où est présenté Dumbo.

Une vérité qu’on connaît tous.

Il semblerait que Tim Burton, loin d’analyser le rôle des exclus, ait préféré faire une critique de l’industrie cinématographique elle-même, du capitalisme. Le parc Dreamland, où Dumbo est emmené pour devenir une star, est lié aux studios Disney et à ses parcs à thème. Il représente donc un faux bonheur, l’illusion que l’on peut tout acheter, il suffit d’avoir de l’argent.

L’ennemi n’est plus le propriétaire du petit cirque animalier, mais le riche et avare partenaire qui asservit à la fois les travailleurs humains et les bêtes. Cet homme en costume-cravate qui, grâce à son argent, obtient ce qu’il veut, sans se soucier du bien-être de ceux qui travaillent pour lui. Burton en profite pour critiquer les studios qui l’ont subventionné, mais avec lesquels il a établi une relation amour-haine depuis des années.

L’incompris se venge désormais de ceux qui l’ont soutenu financièrement tout en lui coupant les ailes, en manipulant sa liberté artistique. Et, tout comme Dumbo, il n’a d’autre choix que de se battre pour sa liberté.

Exploitation des animaux.

La crudité ne se manifeste pas sous la forme d’une maltraitance animale, mais plutôt sous la forme d’un parc à thème qui devient un lieu de culte pour ceux qui peuvent se le permettre. Pendant ce temps, un magnat des affaires s’enrichit assis dans son fauteuil. C’est pourquoi on peut dire que les valeurs ont changé, que le point de vue est différent, être une star n’est plus synonyme de succès, mais d’exploitation.

Dans la même veine, il semble que Burton ait écouté les avertissements de PETA (People for the Ethical Treatment of Animals). En plus de ne pas inclure de vrais animaux dans son film, il a décidé de donner une seconde chance à Dumbo, loin de la gloire, des feux et du cirque.

Si en 1941, la fin heureuse montrait un Dumbo célèbre et admiré de tous, en 2019, le film se termine par un Dumbo entouré de ses congénères dans la nature, loin d’avoir réussi. Cela montre une fois de plus que les cirques avec animaux appartiennent désormais au passé et que l’avenir promet d’être plus respectueux et éthique envers tous les habitants de la planète.

Conclusions.

On peut soutenir que, même s’il s’agit d’un dessin animé, la version de 1941 a eu un impact plus fort en raison de la dureté et du réalisme de la souffrance d’un animal injustement séparé de sa mère.

Cependant, le nouveau Dumbo reste ancré à la surface à certains égards, mais doit être lu entre les lignes et interprété en tenant compte du présent. Burton se sert de ses seconds rôles comme Danny DeVito et Eva Green pour construire une histoire qui, en plus de dénoncer le cirque avec animaux, se veut une critique du mode de vie.

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